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Sur le front dans les parcs congolais: Une conversation avec le lauréat du prix Goldman Rodrigue Katembo

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Situé à l’Est de la République démocratique du Congo, le Parc National des Virunga a été le premier Parc National d’Afrique et est l’un des sites du Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Il abrite une grande diversité biologique et l’une des espèces de gorilles les plus rares au monde. Le parc est dirigé par un groupe d’éco-gardes qui risquent leurs vies tous les jours afin de préserver l’unique biodiversité de ce parc.

Lors d'une patrouille en 2011, Rodrigue Mugaruka Katembo, un des ranger du parc, s'est heurté à un convoi de de la société pétrolière britannique SOCO International, qui prétendait avoir l'autorisation d’exercer des activités extractives dans le parc.

Cette rencontre a déclenché plusieurs années de batailles entre SOCO, les autorités du parc et les militaires. Fort de ses convictions, Katembo a pris des risques extraordinaires pour protéger la faune emblématique du par cet est allé jusqu’à portée une caméra cachée en prétendant d’accepter des pots de vin pour exposer la compagne corruption menée par SOCO. Les cinéastes ont capturé le sang-froid de Katembo dans le documentaire Virunga, primé en 2014.

Après des années de menaces pour sa sécurité personnelle, dont 17 jours d'emprisonnement et de torture, Katembo a été promu directeur du Parc National de l’Upemba dans le sud de la RDC.

Katembo est l'un des six lauréats du Goldman Environmental Prize de 2017, l'un des plus grands honneurs octroyés pour l'activisme de base. Dans cet entretien, il nous parle du tourisme, de l'énergie hydroélectrique et de ce qui le motive à poursuivre sa vocation si dangereuse.

<p>Mount Muhavura viewed from Virunga Lodge. Photo par Francois Terrier/Flickr</p>

Mount Muhavura viewed from Virunga Lodge. Photo par Francois Terrier/Flickr

Depuis 2011, il y a eu des tensions entre SOCO et l’ICCN en ce qui concerne l'exploration pétrolière dans le Parc National des Virunga. Quelle est la situation actuelle?

La bonne nouvelle est que SOCO à cesser toutes activités dans le Parc National des Virunga depuis 2015 ; mais les propos des anciens partisans de SOCO, dont certains dignitaires de la province, ne sont pas encourageants. En effet, lorsqu’ils  se trouvent, en dehors de Virunga,  en territoire de Rutshuru, Masisi, Nyiragongo, ou encore de Beni, ils ne se cachent pas de dire que SOCO reviendra tôt ou tard et ainsi engendrera une rentrée d’argent pour eux.

Le tourisme basé sur la faune est considéré comme une occasion de fournir des emplois et des revenus aux communautés congolaises. Comment la RDC peut-elle mieux saisir à cette opportunité?

<p>Gorilles in  Virunga. Photo par Ludovic Hirlimann/Flickr</p>

Gorilles in Virunga. Photo par Ludovic Hirlimann/Flickr

Le pays recèle de beaucoup de ressources naturelles. Il y a plusieurs parcs nationaux au Congo, qui contiennent des ressources naturelles importantes. Le Congo ferait mieux d’assurer une bonne gestion de ses ressources naturelles  par la mise en place d’un bon système de gestion du personnel. À l’heure actuelle il y a des parcs qui ont des moyens et d’autres qui en manques sérieusement. Et pour que ces parcs soient gérés efficacement, ils ont besoin d’éco-gardes bien formés et équipés. Les autorités doivent absolument centraliser les moyens et à les distribuer équitablement. Les gardes, doivent être capables de se nourrir, de  s’habiller et payer des frais médicaux pour leurs enfants, d’assurer leur survie, et d’avoir également les moyens pour effectuer convenablement leurs patrouilles.

Une fois la faune de nos aires protégées restaurées, le pays pourra enfin bénéficier d’une attraction touristique qui engendrera une rentrée de fonds importants, qui pourra, ensuite, être utilisé pour maintenir l’économie des communautés, autour des parcs nationaux. Mais malheureusement, la préoccupation de restaurer les parcs nationaux de l’RDC est rejetée au dernier plan par nos autorités.

En décembre 2015, le président Joseph Kabila a inauguré la centrale hydroélectrique de Matebe au bord de Virunga, principalement pour réduire la dépendance de la région du charbon de bois produit illégalement dans le parc. Cela a-t-il eu un impact?

L’impact a été et reste très positif. En effet, le taux de déforestation du Parc national des Virunga, relatif aux activités de carbonisation, a considérablement diminué. Dans certaines zones — entre Kibati et Kibumba, par exemple qui était des grands foyers de carbonisation — les traces d’activités de carbonisation n’existent quasiment plus.

Lorsque la centrale hydraulique a été mise en place, elle a permis à beaucoup de congolais d’obtenir du boulot et a permis au secteur locaux de transformer localement certains produits comme l’huile de palme et la papaïne etc. De plus, de nombreuses personnes utilisent désormais le courant dans leurs ménages. Cela a eu un vrai impact sur la déforestation dans le Parc National des Virunga. Enfin, nos objectifs futurs de construire quatre autres centrales dans le parc, si réaliser, auront un impact considérable sur la réduction des activités de braconnages et de déforestation.

Comment votre Goldman Prize peut-il vous aider à améliorer votre travail?

Etant données la forte reconnaissance, au niveau mondial, du Goldman Prize, j’ai le devoir de prendre plus de responsabilités pour assurer le maintien du Parc national. On ne m’a pas donné ce prix pour aller dormir à la maison et dire que j’ai achevé ma mission. Non! mon travail de lutte pour la protection de la nature ne fait que commencer.

Parlez-nous de votre meilleure journée dans le Parc National de Virunga.

Mon meilleur jour de travail a été le moment où j’ai appris que SOCO s’est totalement désengagée a l’exploiter le pétrole dans le parc. C’était vraiment pour moi une très grande réussite, mais ce n'était pas ma victoire. C’était la victoire des populations locales qui étaient malmenées par SOCO en Nyakakoma, Wichumbi et Kyavinyongé. C’était également une victoire du peuple congolais, des africains et de la population mondiale en général.

<p>Rodrigue parle avec des veuves dont les maris ont été tués par des braconniers et des rebelles. Photo par Goldman Environmental Prize</p>

Rodrigue parle avec des veuves dont les maris ont été tués par des braconniers et des rebelles. Photo par Goldman Environmental Prize

Être un éco-garde est un travail dangereux ; au cours de la dernière décennie, plus de 150 gardes ont été tués à Virunga. Qu'est-ce qui vous motive à continuer?

On est en train de faire un travail qui ne se limite pas à nous. On fait un travail pour la communauté locale, dont leur survie dépend des ressources naturelles de ces parcs nationaux. On est fiers de protéger nos parcs et les ressources forestières contre la déforestation et ainsi contre le réchauffement climatique. Malgré les risques que ce travail peut avoir, nous sommes fiers de rendre service à notre peuple et au monde entier.

Que peuvent faire les gens en dehors de la RDC pour aider?

Nous aimerions que le monde appuie la conservation de nos parcs nationaux par les visites touristiques. En développant le secteur touristique et en incitants les populations à visiter nos parcs, nous aurons les moyens nécessaires pour acquérir des équipements, pour avoir des rations, pour améliorer les conditions des gardes et des populations autour des parc national et ainsi permettre une protection de ces paysages.

En ce qui concerne Upemba, c'est un parc très spécial, mais également très fragile, car il y a beaucoup d'intérêts miniers qui tentent de s’installer progressivement. C'est aussi un parc avec beaucoup de potentiel. Par conséquent, nous avons lancé une pétition qui essaie de recueillir autant de signatures que possible afin que nous puissions le présenter au gouvernement de la RDC pour une éventuelle nomination comme site du patrimoine mondial de l'UNESCO. 

Les opinions exprimées dans cette interview sont celles de Rodrigue Katembo et ne reflètent pas nécessairement celles de l'WRI. Parallèlement à Katembo et à ses autres gardes forestiers, le Programme Régional pour l'Environnement de l'Afrique Centrale pour l'Environnement (CARPE), mis en place par des partenaires tels que l'WRI, WWF, Wildlife Conservation Society et African Wildlife Foundation, à investi de manière significative dans le soutien des aires protégées dans les parcs nationaux de la RDC.

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